Comment et pourquoi avez-vous commencé à écrire ?
Je me suis mis à l'écrit petit à petit et assez tardivement. Je m'intéressais surtout au cinéma, et côté littérature j'étais plus Borgès que Masterton ! Un soir, un ami me raconte une histoire de Stephen King, auteur dont je n'ai rien lu à l'époque. Je rentre chez moi au milieu de la nuit pour me demander comment créer les émotions intenses dont cet ami vient de me parler. Est-ce que je pouvais moi-même y arriver ? J'ai donc pris un stylo pour écrire ma première nouvelle d'épouvante jusqu'à six heures du matin. Après, il a bien fallu que je lise le King…

Comment est né le projet d'Elamia ? Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire de la fantasy ?
La rencontre avec Stéphane Marsan a été déterminante. J'avais déjà écrit pour lui, dans la maison qu'il dirigeait avant de monter Bragelonne. Après avoir achevé pas mal de textes intimistes, je ressentais l'envie de raconter une histoire qui ait de l'ampleur, sans oser me jeter à l'eau… Stéphane m'a assuré que j'avais les moyens de créer tout un monde et de gérer les enjeux d'un cycle. Il ne me restait plus qu'à lui donner raison…

Que pensez-vous de ce genre par rapport à la littérature générale ?
J'écris et je bouquine de la littérature générale et beaucoup de mes influences sont sans doute à chercher de ce côté-là. Elle reste pour moi un complément essentiel de mon travail en fantasy. Pareil pour le polar, d'ailleurs. La fantasy a toutefois une formidable capacité à faire rêver, voyager, tout en restant proche de personnages confrontés à de réels problèmes.

Aviez-vous dès le départ une idée précise de l'intrigue ?
Disons que je sais où l'histoire doit aller mais je ne sais pas toujours comment y arriver. Certains événements étaient posés dès le début et le sont restés. Je voulais des énigmes à résoudre, par exemple et je savais lesquelles seraient déterminantes dans l'évolution de l'intrigue. Mais je n'arrive jamais à prévoir toutes les conséquences des événements inventés au stade du plan. Alors, je suis bien obligé de m'adapter ! Et puis, je trouve des rebondissements majeurs le jour-même de leur rédaction. C'est même l'un de mes plus grands plaisirs d'écriture ! J'ai l'impression d'être mon propre lecteur… Seulement cette méthode demande une grande rigueur car je dois revenir sur ce que j'ai déjà écrit pour préserver la logique de l'histoire. Pas question de se moquer des lecteurs et de sortir tout et n'importe quoi de mon chapeau quand ça me chante…

Certains personnages ont-ils évolués dans un sens que vous n'aviez pas prévu ?
Sans aucun doute ! D'ailleurs ça arrive souvent en écrivant des dialogues : la logique interne d'une conversation me force à modifier l'histoire. Il faut conserver une grande cohérence dans la psychologie de ses personnages et cette cohérence n'apparaît bien souvent qu'au moment où ils doivent défendre leur point de vue, au cours d'un échange animé par exemple !

Quel est le personnage que vous préférez dans les Mirages d'Elamia, et pourquoi ?
Ça change suivant les événements, l'humeur du jour, les dialogues… Et puis, il y en a beaucoup alors le choix est difficile ! J'aime particulièrement les personnages féminins ; par exemple la complexité d'Iriane me plaît : elle semble avoir toujours quelque chose à prouver et se refuse à montrer ses faiblesses. Je passe toujours un bon moment avec les personnages secondaires, comme ce pauvre type qui après des années d'errance trouve enfin un emploi dans une ferme. Tout irait bien pour lui s'il ne tombait pas sur le méchant, en maraude dans le coin… Cette grande gueule d'Otum Guiliek m'a donné beaucoup de plaisir, et Jackal des frissons dans le dos, tout comme Jeremy et sa folie. Je voulais qu'on puisse identifier les méchants : leur influence est déterminante alors pourquoi n'en faire que des silhouettes ? Parmi les personnages majeurs, j'ai beaucoup d'affection pour le vieux mage Jocquinius. Il espérait une retraite paisible et le voilà plongé d'abord dans des intrigues de couloir qu'il déteste, puis jeté sur les routes pour tenter d'organiser la résistance. Il est au soir de sa vie et les événements viennent le chercher dans son lit, en quelque sorte ! Il n'arrive pas à se faire à cette idée et, malgré sa réelle puissance, se remet en question sans arrêt . J'aurais adoré avoir un grand-père comme lui !

D'où vient votre inspiration ?
Je pourrais répondre qu'elle vient de mes lectures, bien sûr, même si je ne suis pas un grand lecteur de fantasy. Parfois ce sont des visions inexpliquées que j'aimerais décrire, des énigmes que je voudrais solutionner. Mais le plus souvent se sont des personnages que j'ai envie de mettre en scène, des traits de caractère à confronter. Pour le coup, il suffit de regarder autour de soi !

Avez-vous mis beaucoup de vous-même dans ce roman ?
Je crois qu'il est inévitable d'être sincère sur une telle longueur. Il y a forcément un peu de moi-même dans les personnages, qu'ils soient bons ou mauvais d'ailleurs. Il y a des comportements que j'ai observés chez d'autres. Bien sûr, la question de la mort me hante sans cesse et si je n'imaginais pas en parler autant au stade du plan, elle s'est imposée au fil de l'écriture et des discussions avec mon éditeur. Le thème du libre arbitre, ce qui détermine nos choix de vie aussi et le rôle de nos parents dans ces choix, m'intéressent et c'est un sujet sous jacent d'Elamia. Une chose est sûre, les rapports humains me passionnent !

Quels sont vos centres d'intérêt en dehors de la littérature ?
La musique, qu'elle soit au service d'un film, classique ou électronique… Avec une prédilection pour le piano, le synthé, même si j'écoute beaucoup de rock : je peux passer des nuits à bidouiller mes machines ou à jouer du clavier. Le cinéma : tout le côté derrière la caméra, les " secrets de fabrication ". Mais surtout ma famille et les amis : passer du temps auprès de ceux que j'aime, a fortiori quand c'est du bon temps et que la mer n'est pas loin !

 
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