Que
pensez-vous de ce genre par rapport à la littérature
générale ?
J'écris et je bouquine de la littérature générale
et beaucoup de mes influences sont sans doute à chercher
de ce côté-là. Elle reste pour moi un complément
essentiel de mon travail en fantasy. Pareil pour le polar, d'ailleurs.
La fantasy a toutefois une formidable capacité à faire
rêver, voyager, tout en restant proche de personnages confrontés
à de réels problèmes.
Aviez-vous
dès le départ une idée précise de l'intrigue
?
Disons que je sais où l'histoire doit aller mais je ne sais
pas toujours comment y arriver. Certains événements
étaient posés dès le début et le sont
restés. Je voulais des énigmes à résoudre,
par exemple et je savais lesquelles seraient déterminantes
dans l'évolution de l'intrigue. Mais je n'arrive jamais à
prévoir toutes les conséquences des événements
inventés au stade du plan. Alors, je suis bien obligé
de m'adapter ! Et puis, je trouve des rebondissements majeurs le
jour-même de leur rédaction. C'est même l'un
de mes plus grands plaisirs d'écriture ! J'ai l'impression
d'être mon propre lecteur
Seulement cette méthode
demande une grande rigueur car je dois revenir sur ce que j'ai déjà
écrit pour préserver la logique de l'histoire. Pas
question de se moquer des lecteurs et de sortir tout et n'importe
quoi de mon chapeau quand ça me chante
Certains
personnages ont-ils évolués dans un sens que vous
n'aviez pas prévu ?
Sans aucun doute ! D'ailleurs ça arrive souvent en écrivant
des dialogues : la logique interne d'une conversation me force à
modifier l'histoire. Il faut conserver une grande cohérence
dans la psychologie de ses personnages et cette cohérence
n'apparaît bien souvent qu'au moment où ils doivent
défendre leur point de vue, au cours d'un échange
animé par exemple !
Quel est le personnage que vous préférez dans les
Mirages d'Elamia, et pourquoi ?
Ça change suivant les événements, l'humeur
du jour, les dialogues
Et puis, il y en a beaucoup alors le
choix est difficile ! J'aime particulièrement les personnages
féminins ; par exemple la complexité d'Iriane me plaît
: elle semble avoir toujours quelque chose à prouver et se
refuse à montrer ses faiblesses. Je passe toujours un bon
moment avec les personnages secondaires, comme ce pauvre type qui
après des années d'errance trouve enfin un emploi
dans une ferme. Tout irait bien pour lui s'il ne tombait pas sur
le méchant, en maraude dans le coin
Cette grande gueule
d'Otum Guiliek m'a donné beaucoup de plaisir, et Jackal des
frissons dans le dos, tout comme Jeremy et sa folie. Je voulais
qu'on puisse identifier les méchants : leur influence est
déterminante alors pourquoi n'en faire que des silhouettes
? Parmi les personnages majeurs, j'ai beaucoup d'affection pour
le vieux mage Jocquinius. Il espérait une retraite paisible
et le voilà plongé d'abord dans des intrigues de couloir
qu'il déteste, puis jeté sur les routes pour tenter
d'organiser la résistance. Il est au soir de sa vie et les
événements viennent le chercher dans son lit, en quelque
sorte ! Il n'arrive pas à se faire à cette idée
et, malgré sa réelle puissance, se remet en question
sans arrêt . J'aurais adoré avoir un grand-père
comme lui !
D'où
vient votre inspiration ?
Je pourrais répondre qu'elle vient de mes lectures, bien
sûr, même si je ne suis pas un grand lecteur de fantasy.
Parfois ce sont des visions inexpliquées que j'aimerais décrire,
des énigmes que je voudrais solutionner. Mais le plus souvent
se sont des personnages que j'ai envie de mettre en scène,
des traits de caractère à confronter. Pour le coup,
il suffit de regarder autour de soi !
Avez-vous mis beaucoup de vous-même
dans ce roman ?
Je crois qu'il est inévitable d'être sincère
sur une telle longueur. Il y a forcément un peu de moi-même
dans les personnages, qu'ils soient bons ou mauvais d'ailleurs.
Il y a des comportements que j'ai observés chez d'autres.
Bien sûr, la question de la mort me hante sans cesse et si
je n'imaginais pas en parler autant au stade du plan, elle s'est
imposée au fil de l'écriture et des discussions avec
mon éditeur. Le thème du libre arbitre, ce qui détermine
nos choix de vie aussi et le rôle de nos parents dans ces
choix, m'intéressent et c'est un sujet sous jacent d'Elamia.
Une chose est sûre, les rapports humains me passionnent !
Quels sont vos centres d'intérêt en dehors de la littérature
?
La musique, qu'elle soit au service d'un film, classique ou électronique
Avec une prédilection pour le piano, le synthé, même
si j'écoute beaucoup de rock : je peux passer des nuits à
bidouiller mes machines ou à jouer du clavier. Le cinéma
: tout le côté derrière la caméra, les
" secrets de fabrication ". Mais surtout ma famille et
les amis : passer du temps auprès de ceux que j'aime, a fortiori
quand c'est du bon temps et que la mer n'est pas loin !